Officier curieux et savant

Un regard pédagogique
concernant la préparation au cursus / concours
EdG Ecole de Guerre

Lorsque le général prussien Verdy du Vernois découvre le champ de bataille de Gitschin, la situation le dépasse. Sa mémoire ne lui restituant ni théorie adéquate ni fait similaire, il s’écrie alors  » Au diable l’histoire et ses principes. Aprés tout, de quoi s’agit-il ? ».

Mais attention, le professeur de l’ESG Foch, qui reprit comme devise le « de quoi s’agit-il?« , était un fervent défenseur de l’étude des batailles. Et d’approfondir: « La guerre, positive dans sa nature, n’admet que des solutions positives : pas d’effet sans cause ; si vous voulez l’effet, développez la cause.« . De plus, si l’action est le but de la réflexion, Foch ne dit-il pas:  » À la guerre, le fait a le pas sur l’idée, l’action sur la parole, l’exécution sur la théorie » ?  Ce qui introduit cette réflexion du Professeur Hayek « Sans une théorie, les faits demeurent silencieux « car, comme le confirme le professeur Poincaré, « une accumulation de faits n’est pas plus une science qu’un tas de pierres n’est une maison« .

Reste que , selon la loi d’Asby, « “Only variety can drive down variety. Cette loi de la variété indispensable exprime l’idée intuitive selon laquelle, pour qu’un système reste dans un petit nombre d’états dits acceptables, il doit disposer d’un nombre de réponses d’autant plus élevé que les perturbations auxquelles il peut être soumis sont diversifiées (dr Segal-thése Lyon 2-1998) », ce qui peut se comprendre comme : « Un système ne peut piloter efficacement un autre système que s’il a un degré de complexité au moins égal à celui- ci » . D’ou l’obligation d’acquérir  un savoir non seulement de valeur mais aussi largement plus étendu que celui impliqué dans la résolution du probléme identifié. 

Trois logiques complémentaires se présentent afin d’acquérir la base de savoirs selon une architecture ternaire associant les trois composantes suivantes: militaire (sabre), politique (toge) et citoyenne (humain).

Ces trois logiques sont couplées à trois périodes: l’amont-concours (A-5 à A-2), l’ante-concours (A-2 à A0)  et le post-concours (A+1 à A+…).

L’objet de cette cinématique concerne la profondeur de lecture. Et le but est d’assurer les trois étapes indispensables à la finalisation de ce matériel cognitif.

Mais avant de les présenter, j’aimerais  pouvoir les situer dans les deux principes pédagogiques suivant: maîeutique et autopoïése.

  • La maïeutique: l’art d’accoucher les esprit de leurs connaissances ou plus précisément la méthode reposant sur la mise en forme de pensées confuses par la découverte et la formulation de vérités enfouies dans la mémoire. Il s’agit ici, pour le préparant à l’Ecole de Guerre , et ce en reprenant la maxime de Poincaré, d’extraire et de confronter les expériences et connaissances acquises durant une quinzaine d’années de commandement avec les théories et savoirs. C’est un travail personnel d’analyse, d’interrogation, de corrélation et de mise en perspective, encouragé et appuyé par le pédagogue.
  •  L’autopoïése: ce concept, inventé par les professeurs Maturana et Varela, est résumé par le ch-ind Cardin comme  « une totalité est à l’origine d’un processus créateur dont elle est finalement le produit« . Plus précisément, comme le rappelle le professeur Pellisero, « Un système autopoïétique est un système qui maintient sa propre condition
    en reproduisant les composantes qui le constituent pour qu’elles s’adaptent aux perturbations venues de l’extérieur… La conception autopoïétique de la cognition, nommée « énaction » considère plutôt que c’est l’action de l’individu qui donne sens aux connaissances. La connaissance ne pré-existe pas à l’action que le sujet entreprend pour se l’approprier » et de conclure « L’autopoïésis est un processus qui permet la sélection d’une connaissance comme réponse adéquate à une situation inédite et ce faisant étend sa transversalité. » Voilà qui nous ramène à 
    Verdy du Vernois et à cette citation de Foch:« On fait ce qu’on peut pour appliquer ce qu’on sait. Le propre du champ de bataille est qu’on n’y étudie pas» »

 Du croisement de ces deux théories, il alors possible d’envisager la cinématique suivante:

  • Acquisition des bases: Celles-ci vont permettre de valider le corpus personnel de connaissances  au filtre des théories reconnues.
    Cest ici que l’interaction pédagogique prend tout son sens car le pédagogue est là pour orienter le candidat dans la toile des concepts, souvent essentiels, parfois obsolètes si ce n’est redondants, confus, fractionnaires ou même partisans.
  • Un bachotage intelligent: Il faut réussir. En quelques dizaine de lignes, une destinée!  Alors, que ce soit à l’écrit (Cuge ou SD) ou à l’oral, la plume doit être fulgurante: présentation de la situation, identification du probléme, solution proposée, plan de résolution. Tout se joue là, en une dizaine de phrases. Comme en bujutsu, où l’essence du travail est la recherche du mouvement naturel, il s’agit d’acquérir la pensée naturelle. Grâce au travail amont, il est alors possible immédiatement d’isoler le savoir objet du probléme réferencé, puis de repiquer les théories, concepts, faits et exemples aptes à illustrer le propos.  Il ne s’agit donc pas de faire preuve d’une connaissance universaliste mais de démontrer une capacité à synthétiser, démontrer et présenter  une opinion qui ne s’écarte pas d’un iota de l’objet auquel le sujet se réfère.
    Par conséquent, il faut que la sélection des connaissances à acquérir soit vertueusement sélective; point de détails inutiles, de théories  idéalistes,  de concepts idéologiques, et, surtout dans un monde de communication, il faut se garder ne pas emprunter le chemin qui mène au « royaume des bidonnacées et des des confuzoaires » documenté dans J.Trent, la recherche, septembre 1999.
  • Approfondissement: il s’agit de s’élever. C’est pourquoi au couple sémantique préparateur-candidat je préfére celui de pédagogue-élève. Car, par le jeu double maïeutique-autopoïese, ces deux acteurs s’élèvent ensemble, l’un faisant successivement office de « jumar » à l’autre,  le but étant de pouvoir appréhender la complexité des phénomènes actuels sans tomber dans la conversation type café du commerce ou débat télévisuel dans lequel des experts de tout domaine se prêtent avec complaisance au jeu de l’anticipation, faisant fi de la cruelle réalité qui établit que tous les phénoménes concernant le prince et le stratége sont de nature dynamique non linéaire, et par conséquent imprédictibles.
     Il faut alors passer du télé objectif au grand angle, c’est à dire embrasser la pensée systémique afin de traiter les sujets à la focale de l’approche holistique. Pour cela, lecture et réflexion personnelle. Il  faut alors étendre son horizon de lecture afin de dérouler des fils d’Ariane de toutes natures afin de pouvoir appréhender un sujet dans toutes ses dimensions et pouvoir en faire un cartographie conceptuelle illustrant l’existence et les relations entre les divers composants et déterminants d’une situation.  Cette  approche est, par ailleurs, fort utile pour revenir du complexe au simple, donc à l’action: « Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples. Je savais que, au milieu de facteurs enchevêtrés, une partie essentielle se jouait. Il fallait donc en être ». Gal de Gaulle

Je n’ai qu’une phrase à ajouter: « Et maintenant à vos livres !!!!!! »