Officier curieux et savant

Bibliographie relative à la préparation
au cursus / concours EdG Ecole de Guerre

Remarque préliminaire: l‘art de la documentation devient un art complexe. Je m’explique:

  •  Premiérement, une réduction drastique des fonds:

    Les fonds anciens sont riches, mais les ressources se réduisent jusqu’à devenir infinitésimales. En 2003, j’avais travaillé dans un centre d’archéologie. Passée la période d’invention d’un site, où les cartons d’archives se comptaient par dizaines ou même centaines, une année normale de fouilles et traitement  représentait alors quelques cartons. L’année de ma présence, et à vingt d’ans d’ici, une année comportait une chemise constituée de quelques courriels et aucune photo.

    • Je vous laisse imaginer la situation actuelle. Sans doute, dans un milieu contrôlé, la communication est sauvegardée, mais j’en doute fortement en ce qui concerne les sphères publiques, privées ou personnelles
    • J’ai mené fin 90 une recherche au SHAT sur la grande guerre où j’ai eu l’immense plaisir d’ouvir des archives ,saisies par les allemands en 40, puis par les soviétiques. Entassées dans des cartons marquées de la faucille et du marteau, elles venaient juste d’être rapatriées en France à la fin de l’ère soviétique. J’ai défait des dossiers du GQG encore liés avec des ficelles datant de la démobilisation. Imaginez mon émotion de compiler des notes annotées au crayon par les grands Chefs, et de parcourir leurs croquis dit de “dos de nappe “. Tout cela donnait tant de relief à des faits et situations parfois arides.
    • Actuellement, j’entreprends une recherche en “clio-pathologie” sur les causes de la catastrophe sanitaire (1/1O de décès) qui frappa l’expédition militaire française de Morée. Les piéces manuscrites sont nombreuses mais dissiminées (Princeton m’a même aimablement envoyé un rapport non recensé en France). Sera-t-il possible, dans le contexte des conflits à venir, de pouvoir se plonger, avec deux cent ans de recul, dans le détail des opérations et des souvenirs?

       

  • Deuxièmement, une pérennité  menacée des sources:

    Telles les agences scientiques internationales qui sont confrontées sur long terme à la sauvegarde et la lecture de informations numériques du fait du vieillissement des supports, de leurs procédés mécanographiques de lecture et de leurs systèmes d’exploitation qui relévent de la préhistoire informatique, nos sauvegardes digitales, particuliérement celles relevant des domaines à diffusion non restreintes, auront bien du mal à parcourir les siécles comme le sont les ressources actuellement exploitées du XIX ème siècle. Quid des archives des combattants à venir comparées à celles des braves de 14-18?

  • Troisièmement, un nature incertaine des sources.

    Là se profile un sujet inquiétant, le mot étant faible. Début 2024, Le Gal (2s) Delorche m’a fait l’honneur de m’associer à la production d’un ouvrage pédagogique. Voici sa conclusion” La tentative de production de notre recueil d’auteurs et de citations avec l’aide de l’IA s’est soldée par un échec ! Les applications (GPT4 et HuggingChat) inventent des références, voire des ouvrages et des citations ! Nous avons donc dû repartir à zéro, à l’ancienne, à partir de la consultation des ouvrages originaux”. http://marechalunjour.unblog.fr/2024/03/31/remise-a-plat/.

    Voila qui est soucieux, cela signifie qu’il y a de trés fortes probabilités pour que des fausses informations soient déja reprises dans des bibliographies existantes, devenant ainsi des vraies fausses références. Et cela est d’autant plus soucieux que l’utilisation de l’IA dans le monde la recherche s’étant déja largement répandu, la question se pose de savoir combien de papiers parus dans des revues à comité de lecture sont contaminés. Et je n’apprend à personne que les articles de cette nature deviennent des références logiquement indiscutables.

    De plus, étant donné que les chatbots non propriétaires formulent leurs réponses à partir de bases de  connaissances publiques, il est pertinent de s’interroger sur l’impartialité de celle-ci au regard de certains thémes. En effet, il serait fort possible d’introduire dans le corpus des informations en grand nombre subtilement perverties, orientant ainsi le résultat. De même se pose la question de l’intégrité de la base de connaissances car, dans le cas de fausses réfèrences publiés dans des ouvrages et revues savants, celles-ci seront ré_introduite dans le circuit et par conséquent blanchies. Enfin images, croquis, images animées sont aussi générées  au risque certain de devenir de vraies fausses réalités.

Il existe une solution, simple, qui est de travailler à l’ancienne, c’est-à-dire choisir le matériel par essence le plus crédible et impartial et ensuite tout vérifier:

  1. Ne considérer que les ouvrages, papiers et sites internet produits par des universitaires et des militaires reconnus par leurs pairs.
  2. Tout statut étant provisoire, “googleliser” ces personnes et vérifier que leurs positions actuelles s’inscrivent toujours dans le contexte qualitatif requis. La pandémie de covid a fait sortir du bois de la bienséance intellectuelle quelques penseurs dont un prix Nobel. De même, une analyse fine de certains diagrammes traitant du réchauffement climatique  pointe vers des universitaires reconnus, qui, pourtant, s’égarent dans des raisonnements incertains.
  3. Utiliser Wikipedia comme pré-filtre mais, là aussi, en vérifier sans exception toutes les assertions.
  4. Exploiter world cat et les librairies en ligne pour vérifier l’existence des ouvrages. De même, user de google scolar, cairn, jstor, persée, academia et autres pour vérifier l’existence et la pertinence des articles universitaires.
  5. Concernant les dessins et diagrammes, google lens  peut s’avérer utile. Mais, pas d’illusion, certifier une iconographie ou une vidéo reste l’apanage de certaines officines spécialisées dans ce délicat exercice.
Deuxiéme tome de la poétique d'Aristote in "Il nome della rosa" professeur Ecco